« Je voudrai parler de la solitude. Je crois qu’elle n’existe pas. Au contraire, c’est un sentiment artificiel, créé du dehors. Quand je suis écrasé par ce sentiment artificiel du dehors, c’est un état purement théâtral qui naît au moment où l’on sent être l’acteur de soi-même. Ce sont pendant ces moments hypocrites de solitude que je me sens renaître. C’est le paradoxe de la solitude : la sensation générale de confort que je ressens alors.”Faux mouvement, de WIM WENDERS, 1975

CONCEPTION ET INTERPRÉTATION

Javier Contreras & Annabel Guérédrat

La collaboration en duo avec Javier “¿Cómo se dice en Martinica “la arena de la playa”?” s’est tout de suite fondée sur un dialogue.

En fait l’idée est partie d’une conversation qu’on a eu tous les deux à la plage à Fort de France alors que j’avais invité Javier à intervenir dans le cadre de l’Atelier du Monde que j’organisais dans mon pays en Martinique, qui réunissait (juillet / août 2009) une vingtaine de chorégraphes de toute la Caraïbe.

Cette discussion plutôt intime puisque partant de notre rapport au couple, pourquoi nous sommes seuls, c’est-à-dire célibataires en ce moment. Nous étions en train de nous confier l’un à l’autre, en dehors des heures d’atelier, en prenant un temps d’échange + confidentiel qui nous rapprochait du même coup.

La première fois que nous nous sommes rencontrés, Javier et moi, dans un cadre professionnel, c’était aux Dialogos de Lima en noviembre 2008. A ce moment là nous échangions que d’un point de vue intellectuel, sur le processus de création, sans rentrer dans une intimité relationnelle.

En Martinique, la relation a été très vite différente. Nous nous rendons compte que nous avons la même préoccupation du moment, pourquoi sommes-nous seuls ? Et depuis un certain temps ?

Tout s’est joué sur le mot « transparence » : d’où la nudité des corps, se montrer tel qu’on est, sans fard, sans tricher ; déjouer ce qu’est « être en état de représentation » ; ce qu’est « danser » ou une pièce de danse en y introduisant le dialogue et le jeu / l’humour donc ; laisser beaucoup de place aux spectateurs ; en même temps transposer sur plateau des situations quotidiennes : la conversation sur la plage de Fort de France, la visite du marché de fruits et légumes, goûter dans la rue la glace coco maison, … cette pièce encore à l’état de projet, qui mérite de nouveaux temps de création, est le fruit d’un dialogue entre deux chorégraphes, aussi entre un homme et une femme, entre deux célibataires, plutôt deux solitudes. Pour construire le duo, nous sommes partis de la construction initiale du solo de Javier. La complicité (se confier à l’autre ; l’autre devient votre ami, …) a été la condition sine qua non de la création du duo. La méthode de travail : parler, se dire les choses, reprendre le dialogue, écouter l’autre, répondre, se questionner ensemble.

 

Il existe trois versions possibles de ce dialogue mouvant, qui a évolué dans nos réponses respectives aux questions que nous nous sommes mutuellement posés. Parce que la situation changeait entre-temps à chaque fois pour nous deux, soit que nous avions rencontrés quelqu’un, un partenaire entre-temps, soit que nous étions de nouveau seuls.

Une première versión en août 2009, en Martinique / Une seconde versión en janvier 2010 quand nous nous sommes retrouvés en France pour passer les vacances de Noël ensemble / Une troisième versión en mars 2010 pour la Biennale de danse à Cuba

 

versión marcho 2010, en Manzanillo

 

Pourquoi es-tu seule ?

Javier: Annabel y yo nos hicimos algunas preguntas sobre la soledad. La primera inquiere sobre las causas de nuestra soledad. Yo le respondo que se trata, al mismo tiempo, de determinación y de elección. Determinación, porque el modelo de relación amorosa que estoy buscando no se corresponde con los hábitos sentimentales dominantes. No soy muy líquido, creo. Entonces, las formas habituales de los amores contemporáneos me expulsan de la posibilidad del encuentro. Elección, porque en ese empecinamiento en la búsqueda de un modelo de amor no veo a las personas concretas, que con sus maneras específicas, puedan estar dispuestas a amarme.

Annabel: “J’explique ma solitude par mon insistance à vouloir, coûte que coûte, que la relation dure alors que je n’y suis pas bien. Je me retrouve souvent dans une situation d’urgence que je me crée, celle d’être accompagnée absolument sans prendre le temps de faire le bon choix, me donner le temps de trouver la bonne personne. Et je suis à la recherche de cet homme qui va venir combler ce vide, ce manque, cette peur absolue de l’insécurité et de l’abandon : « l’homme de la situation », alors qu’il n’existera jamais réellement tel quel, sous ce visage là. »

 

Est-ce que tu recherches réellement quelqu’un ? Es-tu sûre de ne pas vouloir rester seule ?

Javier: La segunda pregunta que nos hicimos fue sobre si, en el fondo, estamos deseando estar solos o si realmente queremos establecer un vínculo con alguien. De nuevo, en mi caso, la respuesta fue doble. No, no deseo estar solo. He hecho muchas cosas para no estarlo. Por ejemplo, he procurado convertirme en una persona que magnifica su disposición a la escucha, su capacidad de acompañar, de estar cerca. Sí, porque la soledad termina por convertirse en una situación cómoda. Dolorosa, pero cómoda, porque supone no negociar, no esforzarse para acordar. Pero, sea como sea, si de alguna manera he elegido la soledad, declaro ahora que la deselijo.

Annabel: “Parce que je voyage en ce moment pour des raisons professionnelles, j’ai comme mis une parenthèse à ma vie personnelle. Ou alors je le vis comme un moment de pause dans la relation que j’ai quittée, pour me permettre de prendre la distance physique et psychologique nécessaires pour y voir plus clair. En ce moment je suis seule, pas spécialement à la recherche de quelqu’un et en même temps, très disponible, ouverte. »

 

Que fais-tu pour établir ou maintenir le lien ?

Javier : La tercera pregunta que nos formulamos fue sobre qué cosas hemos hecho para establecer un vínculo, para encontrar una pareja. Yo le respondía a Annabel que lo primero, fue, como ya les platiqué, magnificar las que considero son mis “virtudes” para el encuentro (la escucha, el estar ahí, el acompañar, el comprometerse); de tal forma que pudiese ofrecer una persona digna de ser querida. Lo segundo, fue desarrollar una suerte de gira promocional, particularmente en mi querida América del Sur, de esa persona. “Quiéreme, mira qué buen tipo soy”. Pero luego me di cuenta de que eso era una verdadera locura, porque el amor nace de otros procesos, que no tienen nada que ver con una lógica financiera, de inversión. Éticamente me estaba equivocando del todo. Me sentí muy ridículo. No reniego de la persona que haya podido producir, si descreo de las pretensiones fiduciarias.

Annabel: “Pour créer la relation, je m’efforce d’être moi-même, à la fois complexe et originale, aussi de rester spontanée car c’est dans ma nature et de rester ouverte.

Pour maintenir le lien, j’essaie de proposer à mon partenaire un « espace –temps » qu’il aura pour lui, pour s’exprimer, ce qu’il désire … Mais ce n’est pas facile pour moi car de vieux schémas de comportements ressurgissent. »

 

Que type de partenaire recherches-tu ? Quel type de couple veux-tu former ?

Javier : La última pregunta que nos hicimos fue sobre el tipo de relación que estamos buscando, la clase de pareja que estamos buscando también. Yo le dije a Annabel que deseo una relación respetuosa, transparente, de mutuo cultivo, pacífica pero no mediocre, abierta a las vicisitudes de la incertidumbre, capaz de crecer a partir de los retos que enfrente. Y quiero una pareja capaz de dar la cara por mí, como yo soy capaz de hacerlo; alguien con la audacia de asumir la tribulación, los goces y el esfuerzo de estar juntos. No pretendo una relación cómoda, pero sí una fincada en la transparencia, en la confianza, en la asunción de los compromisos de la palabra.

Annabel: “Je recherche un partenaire qui me rendra encore + confiante dans ma situation de femme, qui me donnera + force face à la vie, avec qui je pourrai établir une complicité à la fois d’amitié et une complicité sexuelle ensemble. Aussi que chacun nous fassions des efforts (et soyons en reconnaissance de ceux de l’autre) pour maintenir chaque jour la relation. »